Minuit. Lisa et Soli saluent et partent dans la nuit. Y a un joli quart de lune, une belle balançoire.

« —On va chez toi ou chez moi? »
Ces deux-là aiment à traîner ensemble depuis longtemps; causants, ou parfaitement silencieux selon l'humeur. De grands complices.

Sept ans auparavant, par un joli quart de lune, tout deux, 18 ans chacun, sont accotés l'un à l'autre dans une magnifique prairie. Fin de concert, quatre heures du matin bien arrosé, endormis entre deux notes l'un contre l'autre, adossés au tronc d'un chêne, ils s'échappent. Premiers rayons du soleil sur leur peau. Ouvertures des paupières, regards flous qui prennent leur temps pour faire le point. Les mains émergent, première salutation. Leurs yeux se plissent, leurs fronts glissent l'un contre l'autre, suspension. L'un parcourt la main de l'autre, attente. L'autre respire sa nuque, attente. Regards tendus. Elle tente une petite promenade tranquille sur le torse de Soli. Lui vagabonde tendrement sur sa jambe, s'arrête. La cuisse de Lisa est tatouée. La tête d'un dragon le défie. Soli allonge la main sur le dessin… elle pousse un cri, lui balance une gifle, se redresse, court et disparaît dans le soleil levant.
Trois jours plus tard, personne ne l'a revue. Soli passe et repasse chez elle, ainsi que dans chacun de leurs lieux de rencontres, de rêveries, de jeux, d'aventures…

À la nuit tombée du septième soir, il la retrouve près de la fontaine, l'un de leurs lieux secrets. C'est souvent là qu'ils causent d'astrologie la tête dans les étoiles. Ce soir, juste au-dessus de leur tête, y a la constellation du cygne, lumineuse. Soli approche doucement de Lisa, s'assied tout près d'elle puis s'étale de tout son long et entame avec ses bras un étrange ballet silencieux, comme pour dessiner l'oiseau du ciel. Lisa est là, immobile, blottie entre deux rochers; elle le regarde de côté, observe la danse de ses bras. L'eau court par petites saccades, longtemps. Les mots s'en viennent par à-coup…