Jardins intérieurs
est un duo.

De petits textes poétiques, portraits brefs,
ciselés, émouvants, drôles, portés par la voix
parlée et chantée de
Bernadète Bidaude,
et un paysage musical finement travaillé
en résonance, mélodie et son sensibles,
par le jeu d’
Aliocha Regnard au nyckelharpa.



La voix et le nyckelharpa se soutiennent,
se croisent et s'entremêlent, chantent
parfois sur le même fil... sur un fil délicat, mais solide.
Ce duo-là sait jouer l'énergie avec subtilité
et offre un riche terrain musical aux textes tout en poésie
de Bernadète Bidaude : des mirages récurrents, des havres de
paix, des souvenirs tronqués, des anges bienveillants,
des ombres qui partent en vrille, des mémoires suspendues...
Avec ces deux-là, on passe des larmes aux yeux
au sourire sur les lèvres.
Leur belle complicité est partagée de suite avec le public.



Neuf fois, neuf après-midi, je suis allée dans le service de gériatrie
du CHU Bellevue de Saint-Étienne.
Dans les trois étages nommés : Pivoine, Orchidée et Nénuphar !
À la rencontre, à l’écoute des résidents, du lieu, du personnel.
J’espérais parler jardinage.


Et ce furent
quelques bribes de conversations échappées du quotidien
paroles du présent, du passé
des lieux incertains, imaginaires, revisités, en suspension
des gestes échappés, en attente, tendres, hésitants pour les uns
attentionnés, professionnels, accompagnateurs, soignants pour les autres

des jardins intérieurs

qui ne sont qu’attente pour les résidents
car d’ici, on part manger les pissenlits par la racine.

qui sont un métier pour le personnel.
car d’ici, on rentre chez soi.

Bernadète Bidaud e



Extraits —

M. P. Sans cesse, elle dit :

— J'ai manqué de mère…

arpenter le jardin de votre grand-mère
bêcher entre les rangées du cœur et du sang
retourner le rêve
sarcler la douleur
cultiver les mots orphelins
essarter la peine
échardonner les blessures

retrouver le jardin maternel

fleuri


M. A et M. B

Elles dorment profondément dans leur chambre. La télé marche.
C’est un feuilleton où l’héroïne a pris un somnifère…

et les belles se sont endormies
cent ans de sommeil
et voilà que défilent l'aïeule qui voulait voir la mer, le beau cousin en marcel, la voisine et ses
paniers d’asperges, l’épicier et ses comptes d’apothicaire, l’oncle au large dos couvert de
ventouses, les enfants aux mille et un rêve, le gâteau de Pâques de la tante Amélie, la chanson
de votre cousine, l’histoire que vous contait votre mère : il l’a embrassée et la belle s’est
réveillée !


M. J.

— La fleur que je préfère, c’est la gentiane; j’aime ce bleu… ah ce bleu…


Bleu des lointains, bleu des bleuets, lavande, pervenche, myosotis et gentiane
lapis-lazuli, aigue-marine, bleu de nuit, indigo et cyan…
Ces bleus-là sauvent du malheur pendant quelques éternités.

S’en saouler pour cuisiner le bonheur à petites doses
S’en griser pour apprêter le bleu des âmes
en cordon-bleu, goûtez, relevez, assaisonnez
Santé !


M. A
Il n'a pas d’enfants. Il est seul. Il croit au paradis.

Il s’échappe alors dans son jardin secret.
Jardin d’Eden où des enfants jouent à la marelle.
Il s’évade de la cruelle réalité
poussant du pied le palet de ses jours et de ses nuits.

Arrivé au paradis,
il respire