Portrait

Conteuse, Auteure entre collectes et semailles en poésie…

J’ai quatre ans. Je m’invente des histoires. Je vois l’arbre à papillon, le chemin des fourmis, les pierres précieuses cachées sur le bord d’un ruisseau et j’entends des paroles au fond d’une cave, derrière une porte…Je me fais mon cinéma intérieur. Puis je raconte une histoire.

Plus tard, oreille tendue, je collecte contes, légendes, comptines, chansons, dictons…là où je vis. Seule et ensuite dans le sillage d’une association d’éducation populaire.
Dans mon parcours, un déclic fondateur a eu lieu : le tissage entre récit collectif et récit individuel deviendra mon fil de parole.
Je commence à interroger, à partir de ma propre histoire, de mon environnement, les cultures, les non-dits, les territoires et leurs passages secrets, les langues, les traces…
Tous ces fils tissent ensemble un canevas, celui de la Parole qui va prendre, à travers cette initiation existentielle, politique, une place centrale, jusqu’à ce qu’entendre, fouiller les racines aboutissent à conter, raconter, dire, écrire. Si la question de la ou des cultures locales est importante comme les interrogations qui vont avec, c’est d’emblée en expérimentant la formule qui dit que l’universel, c’est le local moins les murs.
Ce qui me conduira vers mon premier chantier sur un territoire, puis ma première création. Oralité, Écriture, Orature !

Et sans cesse je cherche, j’interroge, je revisite les histoires. Je m’y engage par un travail organique et tente de bousculer les formes.

En écho à l’enfant de quatre ans toujours présente.

Bernadète Bidaude



« Tout, de ses premières expériences professionnelles aux luttes d’intermittence, de ses créations si souvent rattachées aux lieux ou aux humains qui l’accueillent, à ses déambulations en poésie, témoigne de son parcours.
Et elle, conteuse-auteure ou auteure-conteuse, pouvait-elle savoir jusqu’à cette manière si particulière qu’elle a choisi de s’immerger encore et encore, plus que jamais peut-être, sur des territoires dont elle est à chaque fois l’arpenteuse, auprès/avec des communautés humaines qu’elle écoute comme on écoute le pouls de la vie ?

Bernadète Bidaude poursuit ses collectes, les semailles humaines comme les récoltes de toutes sortes, celles du réel et celles d’étranges fictions, et comme toujours, le réel et l’irréel se plaisent à brouiller les pistes. Bernadète est dans l’énergie et la curiosité de l’autre. Une altérité profonde dans la mesure ou toutes ses créations puisent dans un humanisme et une générosité qui fait des humains des héros, dans une parole poétique d’aujourd’hui. »

(Eric Premel, cheville du collectif artistique Frontal, Directeur du Festival de Cinéma de Douarnenez, ancien directeur du Festival Paroles d'Hiver en Côte d'Armor).